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  >  Culture et Patrimoine   >  Cachez ce saint (Denis) que je ne saurais voir…
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Il y a quelques semaines je te racontais sainte Geneviève. Elle n’est pourtant pas la seule à avoir le statut de « Patron de Paris », il y en a d’autres et y en a un, il est trèèèès célèbre. Je suis sûre que tu le connais : c’est saint Denis !

Si je décide de te raconter Denis, Didi pour les potos, c’est parce que le pauvre chou, j’ai l’impression que les gens le connaissent pas. Quand je fais des visites avec des enfants, y en a plusieurs qui le connaissent mais parmi les adultes : woouuah c’est chaud.

La semaine dernière, j’étais au Panthéon avec un groupe et en attendant que chacun passe le contrôle, j’écoutais les autres visiteurs (normaaaal !). Deux dames, françaises ou tout du moins francophones sans accent particulier, d’un certain âge, regardaient une des peintures murales du monument. Elles avaient cet air que je déteste : la main près du visage, limite le doigt pointé sur le menton, sous la lèvre. Tu vois ? L’air de « Je sais tout » ? Aaaah voilà, tu vois ?! Et très souvent, cet air, il présage LA bonne grosse connerie. Pour mon plus grand plaisir, hinhin ! Alors, elles avaient cet air, regardaient la peinture, et une des deux dit : « je ne comprends pas de quoi il est question » et l’autre : « Hmmm, un martyr chrétien quelconque sans doute ». Oh. My. God. Voici la peinture qu’elles regardaient :

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Le Martyre de saint Denis

Alors faut pas être neuneu pour comprendre que c’est saint Denis. PARCE QUE C’EST ÉCRIT EN DESSOUS BORDEL ! EN LETTRES CAPITAAAAAALES ! Donc c’est bien la preuve que ces deux dames ne connaissaient pas saint Denis. Et l’image est quand même assez parlante pour dire que c’est pas quelconque. Parce que non, tous les martyrs chrétiens ne se baladaient pas sans tête.

Iconographie de saint Denis

Ce n’est pas bien compliqué de le reconnaître le Denis : c’est un mec, il a pas sa tête sur les épaules. Voilà. Bon ok, des fois, on lui met une mitre, pour rappeler qu’il était évêque de Lutèce, ou un nimbe. Sur sa tête. Qui n’est pas sur ses épaules. Simple. Basique. T’as compris ?

Mais qui est Denis ?

On dit que Denis vécut vers l’an 250 de notre ère et fut envoyé par le Pape à Lutèce, nom de Paris jusqu’au début du Moyen Âge. Quand il vivait à Rome, il s’appelait pas Denis. Bah non, il parlait pas « français », ça existait pas en fait. Donc son papa et sa maman l’ont appelé Dionysos. Dionysos >>> Denis, on voit l’évolution logique. Je le dis pas souvent en visite ça, parce que y en a toujours un pour faire le lien avec le dieu grec du vin. Aucune idée à vrai dire : je pense que c’est comme les petites filles qui s’appellent Isis. Ok, ça vient de la déesse égyptienne, mais voilà, stop, ça ne présage pas la suite de sa vie. L’histoire ne raconte donc pas si PapaMaman kiffait particulièrement le vin. Puis nous, on a francisé son nom en Denis.

La persécution des Chrétiens par les Romains

Denis arrive à Lutèce, en tant qu’évêque chrétien nommé par le Pape, et a pour mission d’évangéliser les habitants. Il leur parle de Jésus Christ qui est mort y a environ 200 ans, et organise des messes dans les grandes maisons des citoyens romains qui l’ont à la bonne. Tout se passe bien pour lui et il baptise à tour de bras. Mais, y a un gros mais : les Romains vont commencer à s’en prendre aux Chrétiens. Au départ, les Romains laissaient Denis faire son truc. Ils n’ont jamais été contre les autres religions et n’avaient rien contre les Chrétiens.

Le problème est arrivé quand les Romains ont fait face à plusieurs drames successifs : des incendies, des pertes de récoltes, des maladies … Naturellement, ils se sont tournés vers leurs dieux. A ton avis, ça a marché ? Bah non ! Donc ils ont réfléchi et en sont arrivés à la conclusion suivante (elle est ouf je te préviens, citation tirée de mon cerveau) : si nos dieux ne répondent pas, c’est qu’ils n’ont plus assez d’attention. Il faut leur offrir des sacrifices. Mais les Chrétiens ils font plus de sacrifice, il font plus le religio. Donc les dieux, bah pas contents. On va aller demander aux Chrétiens de sacrifier des animaux dans nos temples pour que les Dieux soient contents. BAH EN VOILA UNE IDÉE QU’ELLE EST BONNE !

Les Chrétiens, ils ont dit : « Heu … non »

Alors les Romains, ils ont dit : « Bah … si, parce que sinon nous on va mourir. Si vous voulez pas, prison, fosse aux lions, crucifixion comme ton gars sûr d’il y a 200 ans, là. Toujours non ? « 

Chrétiens : « …. »

Romains : « Ah merda (c’est du latin). On n’avait pas prévu qu’ils diraient non. Bah, on les tue hein, pas le choix. Le respect quoi ! »

Voilà, voilà. C’est tout con. Puis c’est parti en cacachuète et je suis quasiment certaine que 100 ans plus tard, on savait plus pourquoi, ni comment tout cela avait commencé. Mais on continuait parce que voilà.

Et Denis ?

Denis a été condamné à la prison puis à l’exécution d’une façon absolument délicieuse : la décollation ! C’est un moyen doux et poétique pour dire qu’on lui a coupé la tête. Hihi. Il aurait été décollé dans un lieu encore très célèbre que tu connais très bien et qui est bien exposé pour bien voir les martys mourir de loin : LE MONS MARTYRUM !!! …. Tu connais pas ? Ah. Ok. Le Mont des Martyrs alors ? Nan ? Montmartre sinon ? AAAAAHHH, mais oui tu vois que tu sais. Je savais que tu savais que je savais que tu savais que je … Bref. La rue des Martyrs dans le 9ème puis le 18ème arrondissement, c’est la rue par laquelle les condamnés à mort passaient pour atteindre le sommet avant de mourir.

Bon, ça, c’est l’Histoire. C’est supposé être vrai. Je peux pas t’affirmer que c’est vrai parce que les biographes de Denis ont vécu au Moyen Âge, loooongtemps après la vie supposée de Denis. Mais partons du principe que c’est vrai et passons maintenant à …

La Légende de saint Denis !

On raconte qu’après avoir été décollé, Denis se serait relevé ! Sans tête donc. Il l’aurait quand même récupérée sous les cris de la foule effrayée. Il se serait ensuite dirigé vers le nord de Montmartre. La rue du Mont Cenis, anciennement rue saint Denis, suivrait le chemin qu’aurait emprunté notre marcheur étêté. D’après certains écrits, il aurait quand même fait un petit détour par une source ou un puits, pour laver le sang qui lui dégoulinait du cou. Le sang, ça fait mauvais genre tu vois. La tête pas au bon endroit c’est apparemment moins choquant. Hum hum.

La tradition place la source concernée sous l’actuel Square Suzanne Buisson. Le terrain s’est effondré en 1910, détruisant pour toujours la source de la légende. Mais on a reconstruit par dessus une fontaine avec une statue de saint Denis qui tient sa tête entre ses mains. Une nouvelle légende s’est installée au chaud ici : si tu as un doute sur la fidélité de ta belle, tu peux lui « tremper » la tête dans l’eau de la fontaine et la vérité te sera révélée grâce au sang miraculeux de Denis qui a transformé l’eau de la source pour toujours. JE T’EN CONJURE FAIS PAS CA ! Et qu’on ne me demande plus pourquoi y a jamais d’eau dans cette fontaine (forcément y a des crétins qui ont tenté de noyer leur dulcinée, tu vois …)

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Square Suzanne-Buisson #paris #france🇫🇷

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Après un bon petit bain, parce qu’un esprit sain dans un corps sain, même en deux morceaux, y a que ça de vrai, Denis aurait repris sa route et aurait marché la bagatelle de 6 kilomètres vers le Nord. Là, il aurait rencontré une femme en train de s’occuper de son champ et, très gentil, Denis lui aurait offert … sa tête. Oui, cadeau, c’est pour lui, ça lui faisait plaisir ! En même temps, il pouvait bien faire ça après lui avoir dégueulassé son champ lààààà ! La dame, Catulla, aurait pris la tête et au moment où Denis ne la touchait plus, il se serait effondré, mort, pour de bon cette fois.

Catulla aurait ensuite enterré le corps dans son champ. Puis un culte se serait mis en place sur la tombe du miraculé. On a donc construit un petit édifice sur la tombe pour abriter les pèlerins, qui a été agrandi et est devenu une basilique sous l’impulsion de sainte Geneviève. Ensuite cette basilique est devenue la nécropole des rois de France, c’est, c’est, c’est … la basilique de Saint-Denis ! Qui se trouve dans la ville de Saint-Denis ! Dans le département de Seine-Saint-Denis ! Et si là, tu n’as pas compris l’importance de saint Denis alors j’ai pas compris !

La vérité derrière la légende

Tu y crois toi à cette histoire de gars qui marche sans tête sur 6 kilomètres ? Perso, moi j’ai besoin de comprendre comment il a pu parvenir à faire cette distance, sachant que son corps étêté est vraiment enterré sous la basilique. D’après ses biographes les moins penchés sur le merveilleux, le corps de Denis aurait été récupéré par Catulla, déjà fervente adepte chrétienne, et « tout simplement », elle l’aurait transporté jusqu’à chez elle pour l’y enterrer. Pas de gars marchant sans tête donc.

Explication qui me calme dans ma recherche sur « mais comment il a fait pour partir de son lieu de décollation, aller à la source pour se laver et se remettre sur « le droit chemin » pour aller au futur emplacement de Saint-Denis ? » Voici un plan pour t’expliquer mon désarroi.

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Pour que tu te fasses ta propre idée du parcours de saint Denis

Pour conclure

Avant de te laisser, laisse moi t’offrir deux infos avec lesquelles on m’a rabâchées les oreilles pendant mes études mais qui m’ont finalement trop intéressée (j’étais ingrate que veux-tu) :

Saint-Denis avec une majuscule à Saint et à Denis avec un tiret : c’est la ville. Saint avec une minuscule et pas de tiret avant Denis qui garde toujours sa majuscule : c’est un des saints patrons de Paris et le saint patron de la ville de Saint-Denis. Va frimer en soirée maintenant. Ou casser l’ambiance, ça dépend. Je te laisse juger du moment opportun.

Et à propos des basiliques : dans le vocabulaire de la Chrétienté, une basilique est un lieu de culte construit sur la tombe d’un saint, dans notre cas, Denis. Les fidèles les plus riches se faisaient enterrer au plus près des saints, ad sancto, dans le lieu ou autour, pensant que cela les aiderait à monter plus vite au Paradis lors du jugement dernier.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les gens enterrés dans les églises et les gisants, ont les pieds tournés vers le Choeur : traditionnellement, le Choeur de l’église est à l’Est, parce qu’à l’Est il y a Jérusalem. Mais aussi parce qu’à l’Est, le Soleil se lève et d’après les croyants, le jour du Jugement Dernier, Jésus se lèvera comme le Soleil à l’Est et par sa lumière ressuscitera les Hommes. Et si tu as les pieds du bon côté, si tu es près d’un saint, enterré dans un lieu sacré : alors ça ira plus vite (et tu te relèveras dans le bon sens) 🙂

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Comments:

  • Mado

    5 février 2020

    Tres instructif , merci ! Je me faisais la même reflexion sur le trajet parcouru en te lisant,  mais avec une carte c’est effectivement encore plus clair!

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