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  >  Anti Paris Syndrome   >  Le jour où j’ai décidé de créer mon blog – Burn out d’une guide-conférencière

Antibes, le 11 août 2019

C’est la sainte Claire. C’est aussi le retour de Jupiter dans le ciel. Retour de la chance et de l’envie de faire des projets, qui se couple au portail du Lion du 8 août. Energie de dingue.

Je viens de terminer Le Cœur de Paris. Je suis bouleversée. Je crois bien n’avoir jamais eu les larmes aux yeux d’un bout à l’autre d’un livre ! Et là, alors que les larmes habituellement me vident, j’ai senti qu’elles sortaient plutôt pour laisser la place à quelque chose d’autre. Et ce n’est pas le vide.

Le livre était en édition spéciale post-incendie de Notre-Dame. L’autrice y a ajouté un texte dans lequel elle enjoint son lectorat à faire quelque chose. Elle, son quelque chose, c’est reverser les bénéfices générés par la vente du livre, pour la reconstruction. Mais moi ? C’est quoi mon quelque chose ? Pour Notre-Dame ? Pour Paris ?

Comme les personnages de son livre, je râle contre Paris. Moi aussi, Paris me perd. J’ai envie de dire que moi aussi, je souffre du Paris Syndrome … Et pourtant, j’y reste et j’y crois. Mais dans quelle direction ? Je vais où ?

      Extrait de mon journal, recommencé le 15 avril 2019, pour Notre-Dame…

Le jour où j’ai pris LA décision, j’ai tout écrit dans le petit carnet que tu vois là. Puis j’ai fait des cookies. Les révélations persos, ça creuse !

Ça, je l’ai écrit en cinq petites minutes. En réalité, je l’ai noté à la va-vite dans mon téléphone parce que je n’avais pas mon journal sous la main. Puis, dès que cela a été possible, je l’ai retranscrit et cette retranscription m’a pris plus de vingt minutes : « Est-ce que je modifie deux ou trois mots ? – Bah, non, c’est con, c’est ton journal, OSEF – Oui mais… – Y’a pas de mais, tu touches à rien et tu écris ! – SIR, YES SIR !  » Donc, je n’ai rien touché, c’est le texte brut. Comme tout texte brut et sorti de son contexte, il peut sembler étrange. Pour moi, il est parfait. Mais voici quelques explications :

Je m’appelle Marion, j’ai 31 ans et je suis Parisienne.

J’aime ma ville. Et je l’aime tellement que je lui ai dédié ma carrière : je suis guide-conférencière. Depuis 2013, je présente ma ville, son patrimoine, ses musées, ses monuments, aux touristes de passage, aux Parisiens curieux, aux familles avec enfants insatiables. J’ai la chance d’exercer mon métier toute l’année avec une saison plus importante de mars à juillet. Je ne gagne pas des mille et des cents. Non. Mais j’exerce un beau métier n’est-ce-pas ? Et pourtant, si tu savais … Y a des jours, et même des mois entiers où je me dis : « putain je vais crever« . Oui, oui. Choquant ? Peut-être. Mais véridique.

Il y a six ans, j’ai commencé à travailler. Paris m’appartenait ! Je bossais comme un forçat mais c’était temporaire. Bientôt, je connaitrai assez de visites, circuits et œuvres pour ne plus avoir à les préparer et je serai vraiment « chez moi ». Et ça a marché ! Un temps seulement. Au bout de trois ans, mes conditions de visite ont commencé à sérieusement se dégrader. La clientèle a changé, les conditions d’accueil des groupes dans les musées aussi. Je bossais la journée, je bossais le soir, en me frottant à des egos individualistes en plein dans la mouvance de l’uberisation (un jour, p’t’être bien que je te ferai un article avec ces perles de visites) . Cela n’a pas été un choc parce que ce fut progressif, je ne me suis rendue compte de rien. Jusqu’à ce que ma santé décline, mon envie de me lever le matin avec, les pleurs et les crises d’angoisse qui sortent de nulle part. Et puis, BAAAAAM ! Le gros, le massif, le terrible BUUUURN OOOOOUUUUT ! Et là, tu te dis peut être : « Ooooh, bah ça va, moi aussi j’ai fait un burn out ! Sur le coup j’ai cru que j’allais crever mais c’est bon, tu vas chez le toubib, six semaines d’arrêt et (rayer la mention inutile) :

  • 100 balles, un mars, et ça repart !
  • j’ai redéfini mon projet professionnel et je suis aux anges !

C’est bon ? T’as rayé ? Tu crois que j’ai fait quoi ? Bon bah, si tu as rayé quelque chose, je peux déjà t’annoncer que tu as perdu. Déso, pas déso. Pour comprendre, on va remonter dans l’énoncé à cette partie : « tu vas chez le toubib, six semaines d’arrêt… » Je suis bien allée chez le médecin. J’en ai vu plusieurs en fait. Y’en a deux qui ont été des nullités improbables ; une a refusé de me prescrire quoi que ce soit parce que je pouvais très bien être une droguée à la recherche de son shoot (OMG !). Une autre m’a demandé, l’air bien agacé : « Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » -Ton boulot, grognasse- Les autres docteurs m’ont offert le précieux sésame du repos payé par le contribuable ! Mais (tu le sens, le gros « mais » ?), j’ai un petit handicap supplémentaire… Comme beaucoup de mes compatriotes sur la planète de l’Absurdie, je suis AUTO-ENTREPRENEURE !!! *Feux d’artifices de la loooooooose* En résumé, l’arrêt maladie, ça existe pas, le chômage non plus. En gros, tu peux te permettre de tomber malade si tu as épousé un mec riche. Et moi, mon mec, je l’ai ferré devant le maire parce qu’il est grave gaulé parce que je l’aimais. Rrrooo, tout de suite là …

Donc, j’ai continué de bosser, avec un traitement-béquille mais ça n’allait pas du tout : ni avec mon rythme de travail, ni avec ma vie personnelle, avec rien !  Je dormais dès que je rentrais des visites, de 17h à 21h, puis de minuit à 7h30. Impossible de dormir dans mon lit, j’avais peur de ne pas m’y réveiller (va comprendre …) donc dodo canapé devant la télé. Les crises d’angoisse, voire de panique se sont multipliées. J’en faisais environ quatre par jour pendant 7 mois. Je ne mangeais plus la journée par peur d’être malade en visite. Je mangeais juste le soir et beaucoup trop, vu l’heure et mon corps qui ne savait plus trop ce qu’il voulait. Et ça n’allait pas mieux du tout. Les vacances sont arrivées. J’ai eu mes six semaines (non payées). Retour catastrophique, maladie, fatigue, maladie, déprime, fatigue, stress, fatigue, stress, stress. BREF ! Grâce aux meilleurs collègues du monde, j’ai pu trouver des visites mieux payées et travailler (un peu) moins, un p’tit dimanche avec mon mari de temps en temps, une petite activité pour moi et moi seule par-ci par-là, et surtout un peu de temps pour réfléchir et me renseigner sur les gens qui ont vécu ce que je vis. Bah ouais, avant j’étais amorphe, c’était métro, boulot, dodo, j’avais pas un neurone disponible pour ça. La moindre parcelle d’énergie allait dans le travail.

Ces quelques instants pour moi m’ont permis de comprendre des choses essentielles …

D’abord, j’ai réfléchi à mon métier et étrangement, j’en suis arrivée à la conclusion que j’étais bien à ma place. Parce que ma vocation c’est la TRANSMISSION. Je peux pas l’expliquer, j’adore ça. Apprendre des trucs, manger des livres au petit déj’ et les raconter ensuite : LIFE ! Alors, je suis passée à « comment » je pratique mon métier : bah bien. Franchement, vu les conditions de travail je pouvais pas faire mieux … Conditions de travail … Tiens, tiens, elle est rigolote cette expression, y a « con » dedans, ahahah … Et BAM ! (T’as remarqué ? Le BAM précédent était plus long, plus doucereux dans sa crasse, celui-là, il fait le bruit de la porte que tu te prends dans la gue…) MAIS OUI, MAIS BIEN SÛR !! Les conditions de travail !!! Sincèrement, j’ai pas envie de te les décrire toutes là, c’est long comme un jour sans pain et le temps de les écrire, tu aurais le temps de prendre rendez-vous chez ton notaire, attendre le rendez-vous, et me retirer de ton testament donc non merci, ce sera sans moi ! Mais, comme je suis toujours sur ton testament hein, allez je t’en donne une. Une seule. Et elle se suffit à elle-même : Le Syndrome de Paris. Il a son propre article ICI tellement c’est long et compliqué. Que tu connaisses déjà le terme ou non, sache que c’est une vraie maladie psy qui arrive aux Japonais qui, abreuvés de mythes sur Paris, se retrouvent fort dépourvus quand le VRAI PARIS fut venu … En gros, ils ont une vision idéalisée de Paris et le décalage entre l’idée et la réalité leur fait péter les boulons. Mais ce que l’on sait moins, c’est que seuls 3 à 4 % des personnes traitées pour ce trouble sont japonaises, les autres sont en grande majorité … françaises !

Pourquoi je dis tout ça ? Attends, deux minutes, ça va venir, dans quelques instants ce sera clair. Gardons cet élément dans un coin pas loin et revenons-en à ma réflexion sur le chant des oiseaux jusqu’à ce que BAM se soit re-invité.

J’avais donc la liste des trucs à changer dans ma vie, je faisais des bilans de compétence et des tests en ligne qui disaient TOUS que je devais faire guide-conférencier ou prof. Ah. La bonne blague. A ma place que j’vous dis. Y’avait écrivain aussi.  Et là … *Feux d’artifice de la Wiiiiiiiin*. J’adore écrire. J’écris tout le temps. D’ailleurs, avant de devenir guide, je voulais écrire … des guides. Mais j’ai été hypnotisée pour pouvoir tenir dans des lieux bondés et après … attends, ça, je te le raconterai une autre fois, c’est un bon outil pour toi et toi et toi, ça

Puis, il y a eu ce livre qui a tout changé. BAM, gentil mais surpuissant. Le Cœur de Paris de Caroline Vermalle. Du début à la fin, j’avais le sourire et les larmes aux yeux, pour les personnages mais surtout pour moi. La lecture de ce livre m’a permis une introspection incroyable. Toutes les 5-6 pages, je prenais une claque, je posais le livre, je réfléchissais et je recommençais. Je vais pas tout te dire, je préfère que tu le lises toi-même ! Bien entendu, il pourrait ne pas te faire le même effet qu’il a eu sur moi. Ça parle d’un guide-conférencier (comme moi), qui s’appelle Guillaume (comme mon monsieur); il travaille à Paris et il parle dès le début du livre, d’une visite avec un groupe de touristes chinois. Là, j’ai eu une première révélation avec le souffle court et tout : un monsieur de son groupe lui demande si le lieu dans lequel ils se trouvent là, est bien l’endroit où tous les écrivains célèbres se rendaient. Je te la fais courte, Guillaume lui répond « Oui« , attend que le monsieur s’éloigne et finit en chuchotant à lui-même : « enfin, oui, dans le quartier« .

MIND BLOWN.

Moi aussi je fais ça. Moi aussi, j’ai malheureusement compris que les gens ils veulent des paillettes, de la marinière et de la baguette tout juste sortie du four. Et si le boulanger pouvait chanter et porter son plateau bien garni, de bon vieux pain de son fourniiiiil (tu l’as, la référence ?) ce serait parfait. Mais Paris est loin d’être parfaite. Alors on ment gentiment, on dit la vérité  entérinée par le mythe parisien. Moi j’en souffre particulièrement, j’aimerais dire la vérité toute crue mais ça plait pas. Puis, dans le livre, la patronne de Guillaume le guide, craque totalement au point de jeter ses dossiers par la fenêtre ! Autour d’elle, on parle du Syndrome de Paris. J’en avais entendu parler mais je savais pas trop. J’ai posé le livre et j’ai fait mes recherches. 24 heures plus tard, le constat était évident : BORDEL ! J’AI LE SYNDROME DE PARIS ! Deuxième grosse révélation pour moi. Je te rappelle que je t’ai fait un dossier sur le sujet. Va voir en cliquant ici. Quarante-deux révélations introspectives plus tard, « FIN », et ce texte ajouté pour Notre-Dame de Paris.

Donc je fais quoi moi pour Notre-Dame ? Pour Paris ? Et pour Moi, bon sang ?

Je fais 500 visites par an, je peux pas faire mieux les gars, encore moins donner une partie de mon chiffre pour la reconstruire,  ma vie c’est du flamby à ce stade ! Puis les fameuses conditions de travail, j’en peux plus, je suis fatiguée dans mon âme … Et en même temps, transmettre, c’est mon truc, les visites, j’adore, je sais pas quoi faire d’aut… Et là, BAAAAAAAM ! Révélation !!! Avec des mises en abyme de mise en abyme de mise en abyme : moi petite qui écris mon journal, moi ado qui me balade au cimetière de Montmartre « on est trop des gothiques rebelles » -Non pas besoin, regarde, elle est trop belle cette tombe, là, avec toutes ces fleurs et on est bien, là, loin de la circulation-, moi jeune adulte qui veut écrire mais qui n’a jamais assez écrit et eu assez confiance pour faire lire aux autres, moi adulte exsangue, à même pas 30 ans, qui se croit pourrie gâtée par la vie parce que son père, il a vécu dans sa 4L pendant des mois quand il avait 19 ans, et elle non, alors ça va aller parce qu’elle a pas à se plaindre. Mais non, ça va pas.

J’ai compris. Là, à ce moment précis après avoir fait une bande annonce Hollywood de ma vie passée. Je vais écrire. Je vais écrire sur Paris parce que je la connais intimement, je vais dire ce qu’elle m’apporte, je vais transmettre ce que j’aime chez elle. Je parlerai de ses jolis grains de beauté que nous appelons « monuments », « églises » ou « musées ». Mais aussi, je vais dire ce que j’aime pas chez elle. On a tous nos défauts ! Je la vis au quotidien, côté touristes, côté perso, côté carte postale, côté insolite, côté méconnu, mais aussi crado, gênant, pas beau … Je vais dire comment je l’aime malgré tout, comment chaque jour (depuis que les neurones ont repoussé) je cherche et trouve l’idée qui transforme ce que je hais chez elle pour en faire mon jardin d’amour à moi. J’adore Paris et je la hais. Je sais que toi pareil. J’ai lu, je sais plus où, qu’un vrai parisien se plaint de Paris constamment. C’est VRAI, et en tant que Parisienne je trouve que c’est aussi tellement triste.

Y’a moyen de changer ça. Déclaration d’amour inconditionnel à notre ville en cours : Paris je t’aime (quand même !)

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Comments:

  • Tata Ouf

    6 novembre 2019

    Magnifique! Comme dirait Valerie, “merci pour ce moment.” De jolis coups de poing dans un gant d’amour et un souffle poétique dont je me délecte sans fardeau supplémentaire de scrupules – et pas QUE en tant qu’ancienne porteuse du syndrome.

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  • Vlad

    24 octobre 2019

    Super bien écrit !!! Bravo !

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